Et si un simple geste du quotidien repoussait les premiers signes de la maladie d’Alzheimer ? De grandes études montrent qu’une habitude banale pourrait offrir plusieurs années de répit.
Chaque matin, il y a cette petite promenade que l’on remet à plus tard. Une course à faire en voiture plutôt qu’à pied. Un escalier évité. Des détails. Et pourtant, derrière ces gestes ordinaires, se joue peut-être quelque chose de beaucoup plus grand : la façon dont votre cerveau vieillira, et à quelle vitesse la maladie d’Alzheimer viendra frapper à la porte.
Dans un pays où 900 000 personnes vivent déjà avec cette pathologie et où les traitements restent limités pour stopper le déclin cognitif, les chercheurs regardent du côté de la vie de tous les jours. Et là, un même levier revient, encore et encore : bouger davantage. Un simple exercice physique régulier, accessible presque à tous. Une marche quotidienne, un cœur qui s’accélère un peu. Mais voilà : ce geste sous-estimé semble gagner des années de répit.
Au début, la maladie d’Alzheimer, c’est un mélange de génétique, d’âge, de mode de vie. Parmi ces facteurs, l’inactivité arrive en tête : ne pas bouger est l’un des principaux éléments modifiables du risque de démence. À l’inverse, une activité physique régulière est associée à un déclin cognitif plus lent et à moins de troubles de la mémoire. "Ce qui est mauvais pour votre cœur est mauvais pour votre cerveau", écrit Psychologies.
Les chercheurs voient aussi ces effets à l’intérieur même du cerveau. Dans une étude publiée dans le Journal of Alzheimer’s Disease, des volontaires ont passé des tests de forme cardiorespiratoire et des examens d’imagerie : les plus en forme présentaient une matière blanche mieux préservée, ces autoroutes qui relient les neurones, et de meilleures performances cognitives. "Cette recherche soutient l'hypothèse selon laquelle améliorer la forme physique des gens peut améliorer leur santé cérébrale et ralentir le processus de vieillissement", résume le Dr Kan Ding pour Spring.
Ensuite, il y a les données de la cohorte UK Biobank. Plus de 61 000 adultes de 39 à 70 ans y ont été suivis jusqu’à douze ans, selon une étude parue dans le British Journal of Sports Medicine. Un niveau élevé de forme cardiorespiratoire était associé à un risque de démence réduit d’environ 35 % et à un retard moyen d’apparition des symptômes d’environ un an et demi. Même chez des personnes prédisposées génétiquement, améliorer sa condition physique, quel que soit le sport choisi, pesait encore dans la balance.
Et c’est alors qu’entre en scène ce fameux nombre de pas. Dans une étude publiée dans Nature Medicine par la Harvard Aging Brain Study, 296 personnes de 50 à 90 ans, déjà porteuses de protéine amyloïde bêta, ont été suivies. Celles qui marchaient entre 3 000 et 5 000 pas par jour voyaient leur déclin cognitif retardé d’environ trois ans ; entre 5 000 et 7 500 pas, le retard atteignait environ sept ans, avec un ralentissement de l’accumulation des protéines tau. D’autres travaux d’imagerie montrent qu’un exercice physique aérobie augmente la matière grise et la matière blanche, améliore le flux sanguin cérébral et la mémoire des seniors.
Plus tard, quand le diagnostic tombe, on croit souvent que tout est joué. Pourtant, l’activité physique adaptée fait partie des traitements non médicamenteux reconnus, rappelle Vidal. L’étude EXERT, rapportée par ABC Santé, a suivi près de 300 personnes âgées sédentaires avec troubles légers de la mémoire : après un an d’entraînement, leurs performances ne se sont pas détériorées, alors qu’environ 16 % auraient dû évoluer vers la démence. Ce n’est pas une guérison. C’est un délai.
Sources
2026-02-19T14:37:56Z